Je vais être franche avec vous, je n’aurai jamais imaginé écrire un jour un tel titre. Après avoir subi pendant des années les « libérée délivrée » scandés à tue-tête par ma fille, après avoir résisté au flux ininterrompu de merchandising et après m’être promis que nous n’irions jamais voir le deuxième opus des aventures d’Elsa et Anna. J’ai craqué … et j’ai bien fait.

Ma fille est allée voir une première fois voir la Reine des neiges 2 avec sa Mamy.Parfait me suis-je dit, me voilà quitte d’une corvée.C’était sans compter l’enthousiasme de ma fille à son retour. Il fallait absolument retourner le voir, c’était un appel désespéré de son coeur et peut-être même de son âme. Elle était différente quand elle me le demandait, animée d’une lueur que je ne lui connaissais pas encore. J’ai donc dit oui et nous y sommes retournées.

A la sortie, ma fille m’a demandé si j’avais aimé. Je lui ai répondu que j’avais adoré et c’est avec des yeux ébahis et intrigués qu’elle m’a demandé pourquoi j’avais adoré. Et voici donc pourquoi j’ai adoré la Reine des neiges 2.

Au delà d’un film d’aventure

Je ne m’étais jusqu’alors pas intéressée à la métaphore qui se trouve cachée dans le dessin animé. Bien sur, le premier opus parlait déjà d’une quête. Et je ne m’étais jamais posée la question d’une psychanalyse de ce dessin animé. Pourtant, je suis une inconditionnelle des analyses des contes de fées. Alors il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité et me lancer dans l’analyse de la Reine des neiges 2.

Quand je repense au premier épisode, je me rends compte que la quête des deux personnages principaux, Elsa et Anna, se sont déroulées sur les mêmes niveaux logiques dans le premier opus et dans le second. Avant de continuer, si vous vous demandez ce que sont les niveaux logiques,  je vous invite à lire l’article qui explique ce qu’ils sont et leur utilisation. La quête d’Elsa se déroule sur niveau d’identité et du transpersonnel, quant à la quête d’Anna, elle, se déroule au niveau des comportements et des capacités. Je ne vais pas m’attarder ici sur la quête identitaire du premier épisode mais découvrons ensemble la quête initiatique qu’Elsa et Anna vont entreprendre dans ce second épisode.

SPOILER : ca commence gentiment

Tout commence par l’appel de l’âme d’Elsa. Un appel qui résonne comme une douce mélodie qu’elle seule peut entendre. Cette mélodie annonce aussi la fin de l’état d’allégresse d’Arendelle. Cet appel de l’âme met en péril Arendelle en réveillant les esprits de la nature: l’air, le feu, la terre et l’eau. Les trolls arrivent et leur font part d’une vision les invitant à réparer le passé pour sauver le présent.

Un pan de l’histoire d’Elsa et Anna se trouve embrumé et Elsa décide de lever le voile sur cette histoire. Sa sœur Anna la suit dans sa quête pour la protéger.

Je me dois ici de faire une pause dans mon récit et de vous apporter un premier décodage.

  • Elsa et Anna sont les parties d’une seule et même personne et Arendelle symbolise la psyché de cette personne. Elsa est l’âme animée de magie et d’intuition et Anna est le moi, l’humain qui raisonne, qui vit et agit.
  • La quête de ces deux personnes se joue donc à des niveaux logiques différents.
  • Si l’on se réfère à l’approche jungienne, les 4 fonctions psychologiques de bases se réfèrent aussi aux 4 éléments. Ces fonctions psychologiques sont des énergies fondamentales dans l’expression du moi et de la psyché.
    La quête est, bien entendu, le processus d’individuation qui avait déjà été entrepris dans le premier opus (où Elsa se libère d’une persona rigide et oppressante et Anna amoureuse, découvre le monde parfois cruel de l’amour).
  • Toujours sous la loupe jungienne, nous avons ici plusieurs archétypes qui se manifestent le puer en la personne d’Olaf, le vieux sage dans le troll, l’ombre dans le nuage de brume qui entoure la forêt.

Spoiler 2 : ca va finir mal cette histoire

Elles décident donc d’affronter la brume et pénètrent dans la forêt «magique». Elles y rencontrent d’abord le peuple des Northuldras. Ce peuple est relié à la nature et à la magie. Il est aussi en guerre  contre Arendelle depuis une trahison longue de trois générations. Mais l’appel de l’âme d’Elsa se fait encore plus fort et plus puissant. C’est un appel auquel elle ne peut résister. Elsa et Anna décident donc de remonter vers le fleuve Ahtohallan. Elles y retrouvent l’épave du bateau de leurs parents morts des années auparavant. Elles réalisent alors qu’ils sont morts en cherchant eux aussi des réponses pour leurs filles.

Comme dans toute quête, le héros seul doit avancer sur son chemin. Et Elsa renvoie donc Anna à sa propre quête personnelle. Elsa doit rencontrer la source: Ahtohallan. Dans sa quête Elsa devra affronter la tempétueuse mer Sombre. L’esprit de l’eau tentera alors de la faire se noyer dans les abysses. Une fois cet esprit dompté, elle chevauche le cheval de l’esprit de l’eau et galope à la surface d’une mer toujours sombre mais d’huile cette fois. C’est alors qu’elle découvre Ahtohallan: source lumineuse et glacée. Elle pénètre sur un territoire inconnu (la chanson originale est d’ailleurs « into the unkonwn »), dans la lumière de sa source à la recherche de réponses sur elle et son passé.

La quête dans les profondeurs n’est pas une quête sans danger et Elsa finit par se cristalliser autour du souvenir de la trahison de son grand-père envers le peuple des Northuldras. En se cristallisant, elle envoie à Anna le souvenir de son grand-père trahissant le peuple des Northuldras. A cet instant, Olaf se désintègre en fines particules de neiges. Anna, enfermée dans une grotte, réalise qu’elle est maintenant seule et que le monde dans lequel elle a toujours vécu n’est pas un reflet fidèle de l’histoire passée.

Petite pause décodage :

  • Seule Elsa peut avancer vers sa source. La quête d’Anna sera différente, elle se jouera dans l’intégration de la perte d’une partie de soi et la résilience. Elsa donc doit se séparer d’une partie d’elle pour remonter à sa source, et cette partie c’est son ego.
  • La mer Sombre symbolise l’inconscient et l’ombre du moi. Et le cheval qui incarne l’esprit de l’eau représente les pulsions et plus particulièrement la pulsion de mort. Cet appel de l’âme d’Elsa implique d’affronter son ombre, de se confronter aux pulsions qui nous dominent parfois. Ici Elsa ne doit pas combattre mais intégrer son ombre et ses pulsions pour pouvoir avancer vers sa source.
  • En entrant dans la source, les vêtements d’Elsa se transforment en une robe légère, blanche et scintillante. Cette transformation, transmutation de ces vêtements, indique qu’elle a atteint la sagesse. Cette sagesse des profondeurs, pour laquelle Jung dans «Métamorphoes de l’âme et ses symboles» explique que l’esprit peut y pressentir des choses plus profondes, des images plus primordiales.
  • En descendant de plus en plus vers les profondeurs Elsa prend le risque de s’y perdre dans la contemplation, dans l’extase et dans l’euphorie. En effet si elle a réalisé une partie de la quête, elle est incapable (dans le postulat où Elsa et Anna ne sont que des aspects d’une même personnalité) de compléter seule le processus d’individuation. Anna va devoir prendre le relais de la quête en la réalisant sur un plan plus concret, sur un autre niveau logique. Elle va devoir maintenant agir et réparer le mal qui a été causé.
  • La désintégration d’Olaf qui symbolise le morcellement de la personnalité à cet instant de l’histoire et la perte de l’enfant intérieur, le puer. Cet éclatement de la structure va permettre à la conscience, donc à Anna de se revivifier. Les repères et le monde d’Anna explosent à cet instant. C’est le moment clé où l’individu expérimente la résilience.

Je vais arrêter ici la première partie de cette analyse de la Reine des Neiges 2. Il parait que c’est toujours bien d’arrêter sur un cliffhanger  et d’attendre impatiemment la suite…